HERGE


Cher ami,

Vous connaissez déjà la raison de mes remerciements tardifs pour l'envoi de l'album que vous m'avez si gentiment adressé et dédicacé ; cette raison tient, en grande partie, à LUCCA 8 ...

Si j'avais été à LUCCA 6, j'aurais pu joindre mes applaudissements à ceux qui vous ont salué alors et mes félicitations ne viendraient pas, comme aujourd'hui, avec deux ans de retard !

L'impression que j'ai ressentie en lisant d'une traite "Les 6 voyages de Lone Sloane" a été, avant tout, celle d'un extraordinaire "dépaysement" non seulement par rapport à notre monde à tous mais par rapport à mon monde imaginaire à moi.
Ce que Tintin peut me paraître sage, raisonnable et presque bourgeois, comparé à votre héros !

Ce que ses aventures ont l'air plausibles, logiques, cartésiennes !
Entre la fantaisie née en 1929 et le fantastique contemporain, la distance est inter-stellaire !

Vous donnez à la B.D. une dimension de plus, qui est peut-être "tout simplement" celle de l'onirisme ; qui est, en tout cas, sensationnelle.

Et ne font pas moins sensation vos grandes images à la fois précise, minutieuses et fulgurantes où tout fuse et explose dans une sirte de délire graphique.

Goscinny rappelle que vous avez eu d'emblée vos fanatiques : combien je comprends ce fanatisme là !

Merci encore, cher ami, et croyez-moi votre cordialement dévoué.

HERGE



COURRIER
23 NOVEMBRE 1972